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Mardi 14 janvier 2020, Antonio A. Casilli : L’automate et le tâcheron. Dépasser la rhétorique de la ’destinée manifeste’ de l’Intelligence Artificielle

Mardi 14 janvier 2020, Antonio A. Casilli : L’automate et le tâcheron. Dépasser la rhétorique de la ’destinée manifeste’ de l’Intelligence Artificielle

 

En 2003, l’informaticien Edward Feigenbaum qualifiait l’intelligence artificielle de « destinée manifeste » de nos sociétés. Emprunté du providentialisme américain, ce slogan cache pourtant les défaillances d’une discipline qui n’arrive pas encore à s’attaquer à « la vraie majesté de l’intelligence générale ». Mais les effets de cette idéologie dépassent aujourd’hui la communauté scientifiques. Derrière les déclarations des pionniers de l’informatique intelligente et le buzz des investisseurs, s’affirme en fait une certaine vision du travail : le digital labor, une activité tâcheronnisée, sous-payée et parfois même gratuite qui a lieu sur les plateformes numériques. Elle pointe une dynamique profonde qui traverse toute la planète, où des myriades de personnes réalisent quotidiennement ce « travail du doigt ». Dans quelle mesure la rhétorique des visionnaires de l’IA et les prophéties de la disparition de centaines de millions d’emplois cèlent en réalité la pérennisation d’un travail humain de plus en plus précaire et invisibilisé ?

Antonio A. Casilli est sociologue, enseignant-chercheur à Télécom ParisTech et chercheur associé au LACI-IIAC de l’EHESS. Il a notamment publié Les Liaisons numériques (Seuil, 2010) et, avec Dominique Cardon, Qu’est-ce que le digital labor ? (INA, 2015).

18h – 20h, lieu unique, quai Ferdinand Favre, Nantes (IEA, dans le cadre du cycle de conférences IEAoLU). Entrée libre dans la limite des places disponible

Mardi 10 décembre 2019 – Alain Supiot : Le travail au XXI ème siècle

le travail au XXIe siècle
Conférence d’Alain Supiot conférence questions de société / les mardis de l’iea o lu

date
mardi 10 décembre 2019 — 18h00

entrée libre
Il y a cent ans, l’Organisation internationale du travail se donnait pour mission de soutenir les efforts des pays voulant améliorer le sort des travailleurs et d’éviter que ces efforts ne les désavantagent vis-à-vis des pays qui s’en abstiennent. En 1944, la déclaration de Philadelphie préconisait que « tous les programmes d’action et mesures d’ordre économique et financier » soient de nature « à favoriser et non à entraver […] le droit [de tous les êtres humains] de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales ». Si ces missions n’ont rien perdu de leur valeur ni de leur actualité, les conditions dans lesquelles elles s’exercent ont profondément changé.
C’est ce que cette conférence abordera en éclairant d’abord les défis communs à l’ensemble de la planète (écologie, révolution informatique et normes juridiques) et en les analysant ensuite au prisme de la diversité des expériences et des cultures, celles des vieux pays industriels comme celles des pays émergents.

à propos de l’institut d’études avancées de nantes L’Institut d’études avancées de Nantes sort de ses murs. Lieu d’excellence, il accueille chaque année une vingtaine de chercheurs en sciences humaines et sociales venus de tous les horizons, en particulier pour la moitié de la promotion, des pays des « suds », afin de penser le monde autrement. Il co-organise avec le lieu unique, chaque deuxième mardi du mois, une conférence avec un intervenant de renom sur un grand sujet de société et d’actualité ayant une forte dimension internationale.
Chaque séance se déroule de la façon suivante : l’intervenant est présenté par un chercheur résident de l’IEA ; après la conférence, la discussion s’engage avec le public.
L’IEA de Nantes organise également en ses murs un cycle de conférences publiques, gratuites et ouvertes à tous.
http://www.iea-nantes.fr

à propos de l’intervenant Alain Supiot est professeur au Collège de France et membre émérite de l’Institut d’études avancées de Nantes. Ses travaux se sont principalement déployés sur deux terrains complémentaires : le droit social et la théorie du droit. Il vient de publier Le travail au XXIe siècle (Les Éditions de l’Atelier, 2019).

Samedi 24 novembre 2018, Arnaud du Crest : « de l’huile de roche à l’huile de coude. Décarboner l’énergie »

Dans l’avenir ce qui pourrait devenir universel ce n’est pas le revenu, c’est le travail. Le travail au sens large de l’activité professionnelle et domestique, le travail au sens de l’œuvre réalisée et pas seulement du labeur.

La réduction du temps de travail apparaît comme une tendance séculaire, qui irait dans le sens de l’histoire, et les débats sont toujours vifs sur la question de savoir si cette évolution est favorable à l’emploi.

Mais si nous étions à l’aube d’un renversement de tendance, si le temps d’activité, professionnelle et domestique, devait augmenter ? Et si le travail humain était une protection face à l’envahissement de la technique ?

L’auteur présente une synthèse entre les enjeux de l’exclusion du travail des plus

fragiles et ceux des risques environnementaux dus à la consommation d’énergie fossile.

Il montre que les deux phénomènes sont liés, et que l’on peut, en revalorisant l’énergie de l’homme et son travail, à la fois recréer du travail et des emplois, et contribuer à une économie décarbonée, donc répondre à terme à la question des gaz à effet de serre. Il serait possible de recréer un million d’emplois en augmentant légèrement le temps de travail marchand et en diminuant notre consommation d’énergie fossile.

 

Arnaud du Crest, Décarboner l’économie, De l’huile de roche à l’huile de coude, Ed. sociales, 2018.

2018 11 24 A Ducrest couverture